Au-delà de la surface : Les complexités du terme "totem

Comment remettre en question les récits dominants et plaider en faveur d'un discours éclairé ?

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Au-delà de la surface : Les complexités du terme "totem
DATE

Nov 16, 2023

AUTEUR

Ula Przybylska and Sylvia Rybak

Ce dialogue représente la conversation autour de la division des langues occidentales et indigènes afin de poursuivre le développement du jeu Worlds of Us dans le respect et la considération.

 

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Ula : Je me suis récemment plongée dans l'initiative numérique "World of Us" et j'ai été intriguée par leur concept initial de "Totem Space". Il s'agissait d'une salle ouverte à tous où les enfants pouvaient créer leurs propres totems, symbolisant leur place unique dans le monde virtuel. Cependant, le terme "Totem" et ses implications dans un tel contexte m'ont posé plusieurs questions.

 

Sylvia : Historiquement, le terme "totem" a été approprié et utilisé de manière réductrice, en particulier dans la pensée occidentale. Par exemple, la psychologie freudienne l'a utilisé pour décrire ce qu'elle appelait les cultures primitives, perpétuant ainsi une compréhension ethnographique superficielle. Une telle utilisation non seulement simplifie à l'extrême, mais exagère également la signification culturelle profonde du terme.

 

Ula : En effet, et il est essentiel de remonter aux origines de ces termes pour en saisir la profondeur. Le terme "totem", par exemple, est profondément enraciné dans la langue [ojibwa](https://www.merriam-webster.com/dictionary/Ojibwa), associée au peuple [algonquien](https://www.merriam-webster.com/dictionary/Algonquian) autour du lac Supérieur. Il est assez déconcertant de constater qu'un terme, qui englobe des traditions aussi riches et variées, a été condensé en une phrase singulière, souvent mal interprétée, dans la culture populaire.

 

Sylvia : Votre observation me rappelle le terme popularisé d'animal spirituel. Bien qu'il soit devenu une expression courante dans la culture contemporaine, ses origines dans les traditions indigènes sont profondes, sacrées et variées. La banalisation de ces termes, sans une compréhension nuancée de leur signification culturelle, est une manifestation classique d'appropriation culturelle. De même, les totems, créations monumentales des Premières nations du nord-ouest du Pacifique, ont été mal interprétés et mal utilisés dans le discours populaire.

 

Ula : C'est une réflexion poignante sur la façon dont le langage, lorsqu'il est séparé de son contexte culturel et historique, peut perpétuer des stéréotypes et effacer la richesse de ses origines. L'expression "le plus bas du totem", par exemple, en est un exemple flagrant. Contrairement à la croyance populaire, être sculpté en bas d'un totem peut être une position d'honneur dans certaines communautés des Premières nations.

 

Sylvia : Précisément. Et cela ne se limite pas aux termes. Des mots comme "sauvage", qui ont aujourd'hui une connotation positive ou semi-positive dans le langage moderne, ont des origines profondément ancrées dans la discrimination coloniale à l'égard des autochtones, des Noirs et d'autres personnes de couleur. Même le terme "tribu", aujourd'hui utilisé avec désinvolture dans la culture pop, peut être perçu comme méprisant et irrespectueux à l'égard des communautés indigènes, compte tenu de son utilisation historique erronée.

 

Ula : Il est toutefois encourageant de constater que "World of Us" a choisi de réfléchir au terme totem et de s'abstenir de l'utiliser. Son initiative de fournir un glossaire, invitant les utilisateurs à aborder ces termes avec sensibilité et conscience, est louable. Elle souligne l'importance de l'apprentissage continu et d'une meilleure compréhension de la signification culturelle de la langue que nous utilisons.

 

Sylvia : En effet. En tant qu'universitaires, il est impératif que nous mettions en lumière ces nuances, que nous remettions en question les récits dominants et que nous plaidions en faveur d'un discours plus informé et plus respectueux.

 

Qu'avons-nous donc appris ? Rien qu'avec cet échange, le problème est clairement mis en évidence. Il existe un manque de compréhension qui permet aux gens d'acquérir un langage sans saisir le poids qu'il peut avoir pendant des siècles. C'est pourquoi World of Us aspire à maintenir l'éducation au premier plan de sa mission. La langue que nous utilisons doit refléter nos origines culturelles et ne doit pas s'éloigner de son sens le plus authentique au nom de la valeur ludique. Nous nous engageons à apprendre au-delà de nos propres espaces afin de créer un monde fondé sur la sensibilisation culturelle et le respect.

 

*Pour les lecteurs qui souhaitent trouver des sources indigènes originales pour cette conversation et approfondir le sujet, veuillez consulter les liens suivants :

 

Merriam-Webster sur Ojibwa

 

Merriam-Webster sur Algonquien

 

CBC sur les termes offensifs de la langue anglaise

 

Well and Good sur l'animal spirituel

 

Chercheurs de la théorie indigène critique :

 

Linda Tuhiwai - Méthodologies décolonisantes : La recherche et les peuples indigènes

 

Leanne Betasamosake Simpson - Nous l'avons toujours fait

 

Zoe Todd - Le point de vue d'une féministe autochtone sur le tournant ontologique : l'ontologie n'est qu'un autre mot pour désigner le colonialisme

 

Aileen Moreton-Robinson - Whitening Race : Essais de critique sociale et culturelle